Le carré des arbres

Le carré des arbres

Ce n’est pas vraiment un souvenir mais plutôt un témoignage. Le carré des arbres.

J’ai bien compris que votre projet parle de la vie et non de la mort. Je respecte ce choix et je trouve d’ailleurs qu’il est judicieux mais j’ai quand même envie de vous raconter mon secret.

Mon grand père qui était un homme fantasque avait décider de voir la mort autrement. Il ne voulait pas se faire enterrer et trouvait complètement idiot de finir en cendres dispersé dans la mer (nous sommes bretons et nous vivons au bord de la mer). Il a donc organisé les choses différemment en achetant un bout de terrain face à la mer, et d’en faire un espace familial d’été avec un petit cabanon, un terrain de pétanque et quelques commodités rudimentaires.

Du printemps jusqu’à ce que l’automne annonce l’hiver, nous nous retrouvions régulièrement sur ce terrain pour passer des dimanches à pique-niquer et jouer avec mes cousines au bord de la mer. Les jours heureux.

Et puis mon grand père nous a quitté à l’aube du printemps 1979. Quelle tristesse, il était tout pour moi…

À la fin de la crémation, j’ai bien vu mon père gêné avec l’autorité présente en ce qui concernant les cendres. Les crémations étaient encore assez mal vues et la dispersion des cendres très réglementées. Son histoire d’aller en pleine mer avec ses copains pêcheurs pour disperser les cendres m’a surpris : Papi n’avait pas de copain pêcheurs !

Mon intuition se confirma plus tard dans l’après-midi une fois que les amis avaient quitter la maison de ma grand-mère après ce classique pot d’adieu.

On a chargé quelques outils dans le coffre de la voiture et ma grand-mère tenait l’urne de Papi religieusement entre ses jambes. Arrivé au terrain avec une partie de la famille très proche, mon père a creusé un trou, a mélangé les cendres de Papi dans une préparation de sa fabrication où se trouvait une graine de chêne.

Après quelques minutes de cette opération totalement illégale à l’époque, nous nous sommes recueillis une dernière fois devant ce petit tas de terre fraîche en pensant à lui.

Je vous écris ces mots, adossée à Papi, devenu un beau chêne, face à la mer. À droite, Mamie est là aussi, euh, je veux dire ce beau poirier qui a été planté quelques mois après Papi ( elle adorait les poires Belle Hélène). Il y a mon frère aussi sur ma gauche, parti bien trop vite d’un accident, il a bien grandi ce pin parasol. Mon oncle et ma tante sont un peu plus loin, deux noisetiers qui commencent à nous donner leurs fruits…

C’est notre forêt familiale, devant l’océan… Et nous continuons de venir ici en famille pique-niquer certains dimanches. Mon petit-fils de trois ans veut que l’on construise une cabane dans le chêne !

Parfois je caresse tous ces arbres pour garder le contact et confier mes petits secrets, comme je le fais avec vous aujourd’hui. Je le fais car mon corps me joue des tours et je vais devoir bientôt choisir mon essence. Je veux être un pommier. Je raconte aussi tout cela pour vous aussi fasse germer cette idée de forêts des ancêtres.  😉

Annaick – Bretagne Le carré des arbres

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